20 février 2013

Rhapsodie espagnole, un disque du trio Hoboken

La Belle Époque fut marquée par de vivifiants échanges entre la France et l'Espagne. A l'apogée de son influence artistique, Paris attire les artistes espagnols friands de voyages initiatiques, quand la péninsule ibérique séduit leurs homologues français en quête d'exotisme. C'est sous le signe de cette fascination réciproque que le trio Hoboken place le programme de son quatrième disque intitulé Rhapsodie espagnole (2013), fêtant ainsi ses dix ans de carrière autour de Ravel, Turina et Chabrier.

Le Trio en la mineur (1915) de Maurice Ravel (1875-1937) témoigne de la proximité du compositeur avec la musique basque. Dans le premier mouvement Modéré, un souffle ample conduit le discours aérien du pianiste (Jérôme Granjon) au toucher lumineux et des cordes (Saskia Lethiec au violon, Éric Picard au violoncelle) au vibrato sensible. Simplicité, souplesse et générosité font baigner ce mouvement dans l'onirisme. Mêlant les motifs staccatos et les élans lyriques, le Pantoum est animé par une exaltation sensuelle. Introduit avec allant par une basse obstinée au piano, le chant de la Passacaille au violoncelle semble venir d'infiniment loin tant il est intériorisé, et auquel le violon répondra avec une pudique et émouvante douleur. Cette tension contenue accroît le déploiement d'une ligne qui tend vers l'intensité d'un majestueux sommet, avant un retour au thème initial sonnant là plus médiéval. Le Final, malgré sa fébrilité, se pare de chatoiements et débouche sur une coda grandiloquente.

Evocation d'une journée, le trio Círculo op. 91 de Joaquín Turina (1882-1949) adopte une forme cyclique. S'ouvrant par un chant torve au violoncelle puis émerveillé au violon, Amenecer semble suggérer la montée d'une aspiration, tels, attisés par l'aube, des désirs naissants qui éclatent de vitalité au zénith du soleil. Les festivités prennent place dans la Melodia, aux accents populaires et tauromachiques, avant que le Crepúsculo ne soit propice à une sensualité nocturne qui s'assoupira dans de célestes rêveries.

Rendant hommage à l'esprit ravélien, enclin à exploiter la matière de ses œuvres pour piano ou orchestre par le biais de transcriptions successives, le compositeur et chef d'orchestre Olivier Kaspar a réduit la célèbre Rhapsodie espagnole (1908) de Maurice Ravel, à la demande du trio Hoboken. Confiée aux mains de ces musiciens, sa version de chambre brille par son excellence. Par la beauté des couleurs harmoniques au piano et les riches palettes de nuances, de timbres et de vibratos qu'exploitent les cordes, le Prélude à la nuit, nimbé de sonorités spectrales ou charnelles, apparaît sous une atmosphère profondément mystérieuse. Les effets foisonnants exacerbent le caractère fantasque de la Malagueña, la Habanera est parcourue de subtils frémissements. L'énergie sous-tendant la Feria, apaisée lors d'un langoureux solo de violon d'une exquise suavité, est canalisée pour éclater dans un tonitruant final.

En guise de bouquet final, España (1883) d'Emmanuel Chabrier (1841-1894), dans un arrangement signé Camille Chevillard revu par Olivier Kaspar, clôture les festivités sous les carillons du piano et les fanfaronneries des cordes, avec un panache revigorant.

Pour cette heureuse alliance musicale franco-espagnole, le trio Hoboken trouve le savant dosage entre atmosphères suggestives et caractères bien sentis, avec un naturel et une cohésion toujours de bon ton.

Sortie chez Anima Records le 7 février 2013.

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